"La collocation de l'adjectif épithète dans El intérprete de Néstor Ponce : vision du locuteur et traduction".

                Gabrielle Le Tallec-Lloret, Université de Rennes II (GERLHIS EA3553)

                                                                                                                                    

 

« ...citando a León Paul Fargue…Mientras más vasto sea el vocabulario de un escritor, más llevado se verá a valerse de un lenguaje llano, claro, lineal, en el cual una palabra afortunada, inesperada, preciosa, traída muy de lejos, brillará como una gema, echando a volar la frase entera. Pero esa palabra tiene que resultar siempre absolutamente necesaria y estar colocada en su perfecto lugar. No hay palabras ricas. La riqueza de una palabra, su valor de sugerencia poética dependen del lugar en donde se la coloca. » [1]

 

Autour du personnage de l'interprète, courroie de transmission entre l'espagnol d'Argentine et la langue française, dans le Buenos Aires de 1870, le roman de Néstor Ponce, El intérprete,[2] présente une structure syntaxique récurrente[3]: au sein d’une proposition dite « absolue », l'adjectif épithète est antéposé, sur le modèle 

 

(1) « Traduzco mal, aflautada la voz, errante el tono, para disfrazar el deseo, el miedo y el encanto. » 90

 

(2) « En la niebla del fin de la mañana, cubierta la cabeza por una mantilla enrejada negra, ajados los rasgos por la fatiga de la travesía, la belleza de esta mujer es deslumbrante. » 23

 

Description grammaticale.

 

Le critère pour qualifier une proposition d’absolue[4] est que le nom auquel se rapporte l’adjectif ne fasse pas partie de la proposition principale, quel que soit l’ordre de survenance dans le discours des deux propositions.

L’exemple (1) donne à voir en premier lieu la principale :

proposition principale : « traduzco mal ».

Propositions absolues : « aflautada la voz »  « errante el tono ».

Dans l’exemple (2) l’ordre est inverse :

propositions absolues : « cubierta la cabeza por una mantilla enrejada negra »

                                     « ajados los rasgos por la fatiga de la travesía ».

Proposition principale : « la belleza de esta mujer es deslumbrante ».

 

Par ailleurs, nous avons relevé 6 occurrences de propositions absolues où l’adjectif est postposé au substantif auquel il se rapporte, dans une configuration semblable au français et, contrairement à une idée reçue, parfaitement autorisée par la Real Academia : [5]

 

(3) « Camino hasta Aude, flexiono una pierna para saludarla y me contesta con una media sonrisa indiferente y ajena, la cara huesuda, como aspirada por los silencios. » 246

           

(4) « Un antídoto, el fin del mal, el fin de la pesadilla. Tuerzo la cabeza hacia Onrubia, expectante, los ojos hundidos y ligeramente desviados. » 206

 

Dans les grammaires françaises de la langue espagnole, la phrase absolue se trouve généralement associée, voire assimilée, à tort, à une structure combinant la préposition con et un syntagme nominal :  

 

(5) « Estiro el pescuezo y reconozco a los morenos de imitación, a los blancos cajetillas con el rostro tiznado y los ojos saltones, los mismos con los que me he contorsionado años atrás. » 121

 

Cette structure n’est en rien l’équivalent de la précédente.

Dans une phrase simple, autour du verbe principal, « reconozco », les deux syntagmes nominaux, « el rostro tiznado » et « los ojos saltones », introduits par « con », se rapportent à l’être complément d’objet du verbe, « los blancos cajetillas ». Le segment « con el rostro tiznado y los ojos saltones », n’est qu’une amplification du complément d’objet « los blancos cajetillas », autrement dit une expansion du nom. D’un point de vue fonctionnel, il joue le même rôle qu’un adjectif vis-à-vis du nom auquel il se rapporte, exactement comme dans cette configuration où deux adjectifs épithètes encadrent le nom :

 

(6) « En menos de una hora unos cargados nubarrones negruzcos vienen del norte. » 101

 

Le syntagme nominal « los blancos cajetillas » pouvait de la même façon être flanqué d’un simple adjectif, « los blancos cajetillas tiznados » ; il est bel et bien complété, mais par un adjectif complexe « con el rostro tiznado ».

 

Fig. 1

reconozco  a                            los blancos cajetillas           con el rostro tiznado

                       

             V        Sujet                            complément d’objet du              Expansion du nom

                        grammatical                 verbe = être impliqué

                        du verbe =                    dans l’événement

                        support                         déclaré par le verbe

                                                           = syntagme nominal                  = syntagme adjectif

 

                                                                                  Objet du verbe

                       

 

La structure avec « con » n’offre pas de rupture, la préposition assumant sa fonction de « relateur » entre l’objet du verbe et le segment qui l’amplifie. La configuration est celle d’une phrase simple, contenant un seul verbe autour duquel gravitent les êtres impliqués dans l’événement : l’être sujet du verbe, « yo », et les êtres affectés par l’opération verbale, l’ensemble du segment « los blancos cajetillas con el rostro tiznado ». La représentation mentale résultant de ce choix syntaxique est celle de deux éléments conjoints, le second étant conçu comme une amplification du premier élément, conçu, de fait, comme principal.

La structure absolue, au contraire, produit un « décrochage » :

 

 

 

 

 

Fig. 2

 

 

Traduzco mal                           aflautada            la voz

 

Proposition principale              adjectif syntagme nominal

yo = support du verbe                                                 support de l’adjectif

 


                                                              Proposition subordonnée absolue

                                               Rupture

 

 

Cette phrase complexe présente aussi deux supports : un support verbal, l’être contenu dans le verbe et assumant la fonction de sujet, et un support nominal, l’être/la chose auquel se rapporte l’adjectif épithète, « la voz ». A la différence de la structure avec « con », la phrase absolue est une véritable proposition[6], subordonnée au verbe de la proposition principale.

Or, à la différence des autres subordonnées, la phrase absolue n’est introduite par aucun élément de relation, ni conjonction de subordination ni pronom relatif. Il en résulte une fracture au sein de la phrase, et la proposition ainsi décrochée crée une focalisation sur la vision, les sentiments, les sensations déclarés par le narrateur. Cette mise en relief est extrême lorque la phrase absolue fait phrase seule :

 

(7) « El hombre, en fin, lo que queda de él, parece haber entrado en una especie de sopor, de rencorosa espera. Entrecerrados los ojos, tijereteada la respiración. » 141

 

Dans cette mise en relief, l’antéposition de l’adjectif apporte sa quote-part. Puisque les deux syntaxes –antéposition/ postposition de l’adjectif épithète- sont autorisées et mises en pratique, celle qui antépose l’adjectif et qui a retenu mon attention par sa fréquence d’emploi dans le roman, se donne comme la syntaxe marquée. La phrase étant une construction linéaire, donc temporelle, cette antéposition a nécessairement une intention de sens, une visée discursive particulière.[7]

Reprenons l’exemple (1) « Traduzco mal, aflautada la voz, errante el tono...

 

Au cours de l’édification phrastique, la logique veut que l’on pose d’abord le thème, la notion, ici « la voz », et qu’on lui verse, éventuellement, une nouvelle information, un qualificatif l’affectant sémantiquement.

Fig. 3

la voz

aflautada

support nominal

adjectif

 

 

Cette disposition, orthonymique, consiste à poser d’abord l’être/la chose dont il est question, c’est-à-dire le support. L’adjectif est lui aussi porteur de notion, à la différence près qu’il doit chercher hors de lui-même un support, le substantif.[8] Ce lien se manifeste morphologiquement par l’accord en genre et en nombre.

Le locuteur a choisi de placer l’adjectif épithète, « aflautada », en tête de proposition : les morphèmes de genre (féminin) et de nombre (singulier) annoncent la morphologie du support nominal. Faire le choix de déclarer en premier le qualificatif c’est amener le récepteur à concevoir d’abord la propriété et ensuite l’être/la chose auquel elle se destine.

Fig. 4

aflautada

adjectif singulier féminin

support nominal ?

attente, suspension d’attribution

 

 

L’adjectif, par nature, est en situation d’attente, puisqu’il a pour vocation, partout et toujours, de se rapporter à un support nominal. Son antéposition dans la phrase absolue le place donc doublement en situation d’attente, en situation de topicalisation :[9] le thème de la phrase n’est plus l’objet/ l’être auquel est rapportée une propriété -exemples (3) et (4)- mais la propriété elle-même. Le zoom ne vise plus l’être mais la perception qu’en a le narrateur, puisqu’avant même d’être déclaré, le substantif référant à cet être se trouve frappé d’un qualificatif et ainsi violemment modifié et restreint dans sa puissance d’évocation.

 

Collocation de l’adjectif et vision du locuteur.

 

Décrochage de la phrase absolue, topicalisation de l’adjectif épithète, voilà une structure de phrase surgissant à plus de 70 reprises dans le roman qui mérite amplement d’être élevée au statut de stratégie discursive.

 

 

Fig. 5

aflautada

la voz

Traduzco mal

 

 

 


                                              

fracture

suspension

 

 

 

 


Dans le roman intitulé El intérprete, la perception subjective du narrateur, son interprétation du réel, ont la préséance. Avant d’être traducteur, l’interprète nous livre son interprétation du monde : un narrateur intradiégétique qui s’exprime à la première personne de bout en bout, et dont la modalité de récit est la mémoire : « En mi recuerdo, desde la enorme perspectiva que dan los años ».[10] L’interprétation du monde se glisse, nous l’avons décrit,  dans un moule syntaxique qui crée, de façon récurrente, une fragmentation, un morcèlement, de la perception du narrateur.

C’est sur ce mode qu’il se remémore Aude d’Alençon, jeune femme française fraîchement débarquée à Buenos Aires : 

 

(8) « Aude se mueve en la cornisa de la respiración contenida, y días, años después, me diría yo agobiado hasta el cansancio que la perfección llevaba en ese momento su nombre : bebe, breve la boca, lánguidos los labios, inquisidor el ceño, bailarines los ojos, con la vida suspendida de sus músculos. » 59

 

Il se remémore l’hôte argentin de la Française, cet ancien juge ayant requis ses services de traducteur, à lui Argentin fils de Français, afin de déverser le récit de sa vie à son invitée, bientôt son épouse :

 

(9) « Unzué de Álzaga levanta la vista sorprendido, teatral, y dobla negligente el periódico, lo arroja a su lado, sobre los almohadones morados en un enredo de hojas desacomodadas, se pone de pie, abiertos los brazos francos, blanca la sonrisa alentadora. » 168

 

            Il est le témoin impuissant de la ville livrée à la peste, de la mort de ses proches :

 

(10) « Por la rabia, por el asco, por la impotencia, por el miedo, caí yo mismo de rodillas para ofrecerle a la alfombra persa la repulsión y la ofrenda de unas bilis verdosas y amargas. Ocres los ojos picantes, ardiente la garganta, copiosas las lágrimas que traducían el ahogo y el pánico. » 228

 

(11) « Se adormece y vuelve en sí como a la media hora, me observa hundida la cabeza en la almohada, demacradas las facciones, como si quisiera entender lo que ocurre. » 175

 

Au sein de la propre langue de l’interprète, le débat fait rage puisque le choix de la syntaxe, lorsqu’il existe, dépend de la représentation mentale qu’il se donne du monde, ce monde des choses, ce monde des phénomènes auquel nul n’a jamais accès directement, dont tout locuteur s’abstrait si tôt qu’il en parle, le met en forme linguistiquement :

 

(12) « ¿qué forma darle a un sentimiento ? ¿Regular, geométrica, sin imperfecciones, o más bien algo deforme, monstruoso, desbordante y chorreante en el apabullo de los anhelos y deseos? » 60

 

Quand vient le moment d’achever cette narration qui constitue une immense analepse, l’interprète retranscrit intégralement, y compris dans ses redites, un souvenir d’enfance du vieux juge, lequel se fait narrateur à la première personne et observateur de l’enfant qu’il fut :

 

(13) « Y yo, desde el suelo, mordiendo una hoja de menta, la mejilla aplastada contra el suelo fresco, supe que en ese instante cabía el mundo, todas las historias, las pasadas y las futuras… » 187

 

Ici surgit un autre « yo », et partant, une autre perception, « la mejilla aplastada contra el suelo fresco », coulée dans une structure absolue où l’adjectif postposé n’est plus en situation de topicalisation : l’heure n’est plus à la fragmentation ni au morcellement, mais à la réconciliation dans la mémoire individuelle et collective, une réconciliation inscrite dans la langue.  En effet, en reprenant le fil de son récit, le vieux juge livre du même épisode une autre syntaxe, une perception autre :

 

(14) « Y yo, aplastado en el suelo, con una ramita de menta entre los dientes, la frente en el abandono de la tierra húmeda y picante, supe que en ese mínimo momento cabía el vasto mundo, todas las historias, las de antaño y las venideras, las terribles y sangrientas batallas… » 247

 

Tout se passe comme si, de l’avis de l’auteur du roman lui-même, cette incursion finale d’un autre « yo » construisait « el trenzado del yo » :

« Contar ese primer recuerdo es contar el origen, allí donde reside la palabra. Narrar el pasado es detenerse en los pequeňos detalles, en las ínfimas descripciones que constituyen el todo. Significa mentir y deformar, firmar un pacto con el lector, en el que el « yo » es una marca de sinceridad. Quién mejor que el intérprete para contarlo, para retranscribirlo, entre el castellano y el francés, para transmitírselo a Aude d’Alençon, que a su vez asimila tanto esa palabra original que termina perdiendo la suya. »[11]

 

« Honneur à l’hospitalité langagière » !! [12]

 

C’est à partir de sa vision du monde extrêmement morcelée que l’interprète nous dit sa difficulté à n’être qu’un « passeur » entre l’espagnol d’Argentine et la langue française. Il rappelle cette position inconfortable qui échoie à quiconque se livre à l’activité traduisante :

 

                        (15) « La seňorita y el viejo abren el cortejo y yo los sigo a medio metro : formamos casi un triángulo en cuyo vértice final me asomo para intercalar las traducciones. » 10

 

Lui aussi fait l’expérience de la « traduction-trahison » que célèbre l’épigramme italienne « traduttore, traditore ».[13] Dans le passage d’un système linguistique à un autre il renonce, dès le premier échange entre Aude et son hôte, à la parfaite adéquation entre les deux syntaxes : 

           

(16) «... enseguida cambia de tema e inicia una larga respuesta llena de fórmulas de cortesía que no encajan del todo en nuestra directa lengua telúrica. Quiero doblegar los agradecimientos para hacerlos entrar en el arisco y chúcaro idioma de los argentinos... » 10

 

             Il fait le deuil de l’identité sémantique entre les deux langues :

 

            (17) « Traduzco, interpreto, me concentro en la curiosidad de las inflexiones, en la algarabía de algún adjetivo, en el rencor de una condena. » 184

 

(18) « Interpreto, traduzco, se retuerce emocionada la voz del viejo ex juez. Busco el tono justo, el equilibrio de un sustantivo, la ligereza de un complemento, la inútil confesión de un adjetivo. » 270

           

Inapte à livrer une traduction scientifique, mécanique, il se résoud à ne produire qu’une interprétation imparfaite, subjective, sentimentale :

 

(1) « Traduzco mal, aflautada la voz, errante el tono, para disfrazar el deseo, el miedo y el encanto. » 90

 

(19) «... era yo su esclavo, su prolongación, su voz, sus sentimientos. Amaba él a través mío, cada vez más, más y más, y sus emociones iban matando las mías, la iba penetrando cada noche y abría ella el fuego de su boca para recibir los chorros del cáliz que el viejo infame me robaba. De ahí el cansancio fatídico al salir de cada sesión, la angustiante necesidad de prolongados anocheceres en los que procuraba volver a ser yo mismo… » 259

 

Enfin, absorbé par les tenants et les aboutissants de cet échange triangulaire, il se laisse vampiriser...

 

                        (20) « Desde la piel y los huesos de su cuerpo crece don Matías hasta la magnitud de los tentáculos que se apropian de mi cuerpo y de mi vida. Traduzco, hablo, y mi palabra es la suya y mi vida ya no me pertenece, se me va vaciando el chorro que fluye desde el viejo hasta Aude. » 266         

 

                        (21) « ya ni siquiera se despiden de mí los dos vampiros... » 267

 

... entraînant dans cet engloutissement le vieil idéal de la traduction parfaite entre deux

langues, ce « fantasme de traduction parfaite » dont le philosophe Paul Ricœur nous enjoint de faire notre deuil :

 

« Le problème, c’est en effet de dire la même chose ou de prétendre dire la même chose de deux façons différentes. Mais ce même, cet identique n’est donné nulle part à la façon d’un tiers texte dont le statut serait celui du troisième homme dans le Parménide de Platon, tiers entre l’idée de l’homme et les échantillons humains supposés participer à l’idée vraie et réelle. ... »[14]

« ...le travail de souvenir, évoqué par Freud... » poursuit Ricœur, « le travail de deuil trouve son équivalent en traductologie... : renoncer à l’idéal de la traduction parfaite. Ce renoncement seul permet de vivre, comme une déficience acceptée, l’impossibilité de servir deux maîtres : l’auteur et le lecteur....assumer la problématique bien connue de la fidélité et de la trahison. » [15]

 

Interprète du monde ou interprète de l’autre, l’interprète de Néstor Ponce fait l’expérience du propre et de l’étranger dans sa propre langue. Il nous invite à une double acceptation et à un double dépassement : puisque l’objectivité en discours est inaccessible, que seule une vision partielle et partiale du monde des phénomènes est livrable, il faut accepter l’Autre, l’autre vision. La langue est un système mental de représentation du monde qui se donne parfois, syntaxiquement, non pas une mais de multiples combinaisons. Ainsi, le locuteur est le maître du monde : par les choix syntaxiques qu’il opère, il s’en abstrait et en livre sa conceptualisation, l’une quelconque des conceptualisations autorisées par la langue.[16]

En outre, faire le deuil de la traduction parfaite entre deux langues, c’est aussi accepter le propre et l’étranger :

« Sous toutes ses figures, le rêve de la traduction parfaite équivaut au souhait d’un gain pour la traduction, d’un gain qui serait sans perte. C’est précisément de ce gain sans perte qu’il faut faire le deuil jusqu’à l’acceptation de la différence indépassable du propre et de l’étranger. L’universalité recouvrée voudrait supprimer la mémoire de l’étranger et peut-être l’amour de la langue propre. »[17]



[1] Chao, Ramón, Conversación con Alejo Carpentier, Madrid, Alianza Editorial, 1998, p. 95.

[2] Ponce, Néstor, El intérprete, Rosario (Arg.), Beatriz Viterbo Editora, 1998.

[3] Le dépouillement systématique du roman produit 71 occurrences.

[4] La grammaire française parle de proposition participe lorsque le participe passé ou l’adjectif qualificatif se trouve associé à un substantif. Nous adopterons de préférence la terminologie espagnole qui parle de construcción absoluta, voir Real Academia Espaňola, Esbozo de una nueva gramática de la lengua espaňola, Madrid, Espasa Calpe, 2004, § 3.16.1.b, p. 483. 

[5] Sur la place du participe ou de l’adjectif dans les structures absolues, il est étonnant de constater que les grammaires françaises de la langue espagnole sont beaucoup moins permissives que celle de la Real Academia ! Ainsi, l’Esbozo autorise les deux emplois : « En la lengua moderna, la frase absoluta se inicia ordinariamente por el participio o el adjetivo : Oídos los reos,... ; limpias las armas,... ; dudosa la victoria,... Este orden se invierte en algunas fórmulas breves y fijas que el uso ha conservado (Esto dicho,.../ Dicho esto,...) o en el refrán Comida hecha, compaňía deshecha. En la lengua antigua son frecuentes los ejemplos de participio o adjetivo, pospuestos al sustantivo a que van atribuidos : la casa cerrada, Licio adelante y yo a su lado, entramos dentro con harta poca resistencia (Lazarillo), in Esbozo, § 3.16.17, p. 498-499.

La grammaire de Gerboin et Leroy se montre moins tolérante : « le participe passé s’accorde avec le substantif et, à la différence du français, il précède toujours le substantif : terminada la ceremonia, salieron ; dicho esto, se fueron a dormir. », in Gerboin, P., Leroy, C., Grammaire d’usage de l’espagnol contemporain, Paris, Hachette, 1994, §257, p. 238.

A l’identique, Bouzet n’autorise qu’une construction : « L’adjectif appelé à noter une attitude ou à remplacer le participe dans la proposition-participe doit être placé non seulement avant le nom, mais aussi avant les déterminatifs du nom : entró Isabel, alta la cabeza y altiva la mirada. », in Bouzet, J., Grammaire espagnole, Paris, Belin, 1984, § 423 p. 189.

[6] La phrase absolue offre la possibilité de glisser entre l’adjectif et son support nominal un verbe attributif, ser, estar, parecer... : aflautada parece la voz...

[7] Cf. « De ordinario, el orden con que enunciamos los elementos oracionales es el resultado de la tradición idiomática heredada, a la cual nos amoldamos sin esfuerzo. Pero, con frecuencia, la construcción va motivada por determinadas vivencias que el hablante procura diferenciar de las más comunes o habituales. Así se crean oposiciones sintácticas, más o menos consolidadas en la vida del idioma, que, a la manera de las oposiciones léxicas, están dotadas de significación diferenciadora. », Esbozo, p.394.

[8] « C’est ce que l’on veut dire en opposant l’incidence externe de l’adjectif à l’incidence interne du substantif. Apport notionnel, l’adjectif doit se référer à un support situé hors de lui-même. Il est en attente de support. », voir Gérard Moignet, Systématique de la langue française, 1981, Paris, Klincksieck, p. 43.

[9] « Topicalisation : opération linguistique qui consiste à faire d’un constituant de la phrase le topique, c’est-à-dire le thème, dont le reste de la phrase sera le commentaire. Dans l’assertion, la topicalisation fait du syntagme nominal sujet le topique de la phrase. Mais il peut y avoir topicalisation d’un autre constituant. Dans les phrases dites « emphatiques », in Dubois et alii, Dictionnaire de linguistique, 1994, Paris, Larousse, p. 485.

[10] El intérprete, p. 37

[11] Voir Néstor Ponce, « Memoria, ficción, autobiografía. Yo nos recuerdo. », 2004,  in Maryse Renaud (coord.), Espejismos autobiográficos, Université de Poitiers, p. 311.

[12] Paul Ricoeur, « Le paradigme de la traduction » (Leçon d’ouverture à la Faculté de théologie protestante de Paris, octobre 1998), in Sur la traduction, Paris, Bayard, p. 52.

[13] J’ai déjà émis des réserves à l’égard de cette formule servant une idée reçue en matière de traduction, voir Gabrielle Le Tallec-Lloret, "D'un système linguistique à l'autre : trahir pour traduire ?", in La trahison - La traición, Actes du Colloque d’Almoréal des 19 et 20 mars 2004, Centre de Recherche Universités Angers - Le Mans - Orléans, Angers, 2005, pp. 293-307.

[14] Paul Ricœur, « Défi et bonheur de la traduction » (discours tenu à l’Institut historique allemand le 15 avril 1997), in Sur la traduction, 2004, Paris, Bayard, p.14

[15] Paul Ricœur, op. cit., p. 16.

[16] Cf. Gustave Guillaume, « La position de l’homme pensant à l’endroit de l’univers, est celle, regardante, d’observateur. Ce n’est pas l’univers qui regarde et observe l’homme, c’est l’homme qui regarde et observe l’univers. Il suit de là que l’univers de représentation que l’homme a construit en lui est, comme lui-même, une construction non pas regardée mais regardante. (...) Les actes d’expression ne nous parlent pas des actes de représentation dont ils émanent : ils nous parlent de ce que ces actes de représentation nous font voir de l’univers réel... », in Gustave Guillaume (1954), Prolégomènes à la linguistique structurale1, in Essais et mémoires de Gustave Guillaume, Québec, Les Presses de l’Université de Laval, 2003, p.15

[17] Paul Ricœur, op.cit., p. 18.

 

 

Bibliographie

 

BENJAMIN, Walter, La tâche du traducteur (1923), Paris, Gallimard, « Folio essais », 2000.

 

Fortineau, Chrystelle, Le Tallec-Lloret Gabrielle, « La langue comme vision du monde », Actes des Journées Angevines sur la didactique de l’espagnol, 22-23 mars 2002, Angers, IUFM d’Angers, à paraître.

 

GUILLAUME, Gustave, Prolégomènes à la linguistique structurale 1 (1954), in Essais et mémoires de Gustave Guillaume, Québec, Les Presses de l’Université de Laval, 2003.

 

 Le Tallec-Lloret Gabrielle, "D'un système linguistique à l'autre : trahir pour traduire ?", La trahison - La traición, Actes du Colloque d’Almoréal des 19 et 20 mars 2004, Angers, Centre de Recherche Universités Angers - Le Mans - Orléans, 2005, pp. 293-307.

 

PONCE, Néstor, El intérprete, Rosario (Arg.), Beatriz Viterbo Editora, 1998.

 

Ponce, Néstor, « Memoria, ficción, autobiografía.Yo nos recuerdo. », Espejismos autobiográficos, Université de Poitiers, Maryse Renaud (coord.), 2004, pp. 309-312.

 

REAL ACADEMIA ESPANOLA, Esbozo de una nueva gramática de la lengua espaňola, Madrid, Espasa Calpe, 2004.

 

RICŒUR, Paul, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.

 

RICŒUR, Paul, Sur la traduction, Paris, Bayard, 2004.

 

STEINER, George, Après Babel, Paris, Albin Michel, 1998.

 

[1] Chao, Ramón, Conversación con Alejo Carpentier, Madrid, Alianza Editorial, 1998, p. 95.

[1] Ponce, Néstor, El intérprete, Rosario (Arg.), Beatriz Viterbo Editora, 1998.

[1] Le dépouillement systématique du roman produit 71 occurrences.

[1] La grammaire française parle de proposition participe lorsque le participe passé ou l’adjectif qualificatif se trouve associé à un substantif. Nous adopterons de préférence la terminologie espagnole qui parle de construcción absoluta, voir Real Academia Espaňola, Esbozo de una nueva gramática de la lengua espaňola, Madrid, Espasa Calpe, 2004, § 3.16.1.b, p. 483. 

[1] Sur la place du participe ou de l’adjectif dans les structures absolues, il est étonnant de constater que les grammaires françaises de la langue espagnole sont beaucoup moins permissives que celle de la Real Academia ! Ainsi, l’Esbozo autorise les deux emplois : « En la lengua moderna, la frase absoluta se inicia ordinariamente por el participio o el adjetivo : Oídos los reos,... ; limpias las armas,... ; dudosa la victoria,... Este orden se invierte en algunas fórmulas breves y fijas que el uso ha conservado (Esto dicho,.../ Dicho esto,...) o en el refrán Comida hecha, compaňía deshecha. En la lengua antigua son frecuentes los ejemplos de participio o adjetivo, pospuestos al sustantivo a que van atribuidos : la casa cerrada, Licio adelante y yo a su lado, entramos dentro con harta poca resistencia (Lazarillo), in Esbozo, § 3.16.17, p. 498-499.

La grammaire de Gerboin et Leroy se montre moins tolérante : « le participe passé s’accorde avec le substantif et, à la différence du français, il précède toujours le substantif : terminada la ceremonia, salieron ; dicho esto, se fueron a dormir. », in Gerboin, P., Leroy, C., Grammaire d’usage de l’espagnol contemporain, Paris, Hachette, 1994, §257, p. 238.

A l’identique, Bouzet n’autorise qu’une construction : « L’adjectif appelé à noter une attitude ou à remplacer le participe dans la proposition-participe doit être placé non seulement avant le nom, mais aussi avant les déterminatifs du nom : entró Isabel, alta la cabeza y altiva la mirada. », in Bouzet, J., Grammaire espagnole, Paris, Belin, 1984, § 423 p. 189.

[1] La phrase absolue offre la possibilité de glisser entre l’adjectif et son support nominal un verbe attributif, ser, estar, parecer... : aflautada parece la voz...

[1] Cf. « De ordinario, el orden con que enunciamos los elementos oracionales es el resultado de la tradición idiomática heredada, a la cual nos amoldamos sin esfuerzo. Pero, con frecuencia, la construcción va motivada por determinadas vivencias que el hablante procura diferenciar de las más comunes o habituales. Así se crean oposiciones sintácticas, más o menos consolidadas en la vida del idioma, que, a la manera de las oposiciones léxicas, están dotadas de significación diferenciadora. », Esbozo, p.394.

[1] « C’est ce que l’on veut dire en opposant l’incidence externe de l’adjectif à l’incidence interne du substantif. Apport notionnel, l’adjectif doit se référer à un support situé hors de lui-même. Il est en attente de support. », voir Gérard Moignet, Systématique de la langue française, 1981, Paris, Klincksieck, p. 43.

[1] « Topicalisation : opération linguistique qui consiste à faire d’un constituant de la phrase le topique, c’est-à-dire le thème, dont le reste de la phrase sera le commentaire. Dans l’assertion, la topicalisation fait du syntagme nominal sujet le topique de la phrase. Mais il peut y avoir topicalisation d’un autre constituant. Dans les phrases dites « emphatiques », in Dubois et alii, Dictionnaire de linguistique, 1994, Paris, Larousse, p. 485.

[1] El intérprete, p. 37

[1] Voir Néstor Ponce, « Memoria, ficción, autobiografía. Yo nos recuerdo. », 2004,  in Maryse Renaud (coord.), Espejismos autobiográficos, Université de Poitiers, p. 311.

[1] Paul Ricoeur, « Le paradigme de la traduction » (Leçon d’ouverture à la Faculté de théologie protestante de Paris, octobre 1998), in Sur la traduction, Paris, Bayard, p. 52.

[1] J’ai déjà émis des réserves à l’égard de cette formule servant une idée reçue en matière de traduction, voir Gabrielle Le Tallec-Lloret, "D'un système linguistique à l'autre : trahir pour traduire ?", in La trahison - La traición, Actes du Colloque d’Almoréal des 19 et 20 mars 2004, Centre de Recherche Universités Angers - Le Mans - Orléans, Angers, 2005, pp. 293-307.

[1] Paul Ricœur, « Défi et bonheur de la traduction » (discours tenu à l’Institut historique allemand le 15 avril 1997), in Sur la traduction, 2004, Paris, Bayard, p.14

[1] Paul Ricœur, op. cit., p. 16.

[1] Cf. Gustave Guillaume, « La position de l’homme pensant à l’endroit de l’univers, est celle, regardante, d’observateur. Ce n’est pas l’univers qui regarde et observe l’homme, c’est l’homme qui regarde et observe l’univers. Il suit de là que l’univers de représentation que l’homme a construit en lui est, comme lui-même, une construction non pas regardée mais regardante. (...) Les actes d’expression ne nous parlent pas des actes de représentation dont ils émanent : ils nous parlent de ce que ces actes de représentation nous font voir de l’univers réel... », in Gustave Guillaume (1954), Prolégomènes à la linguistique structurale1, in Essais et mémoires de Gustave Guillaume, Québec, Les Presses de l’Université de Laval, 2003, p.15

[1] Paul Ricœur, op.cit., p. 18.

 

 

Bibliographie

 

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Fortineau, Chrystelle, Le Tallec-Lloret Gabrielle, « La langue comme vision du monde », Actes des Journées Angevines sur la didactique de l’espagnol, 22-23 mars 2002, Angers, IUFM d’Angers, à paraître.

 

GUILLAUME, Gustave, Prolégomènes à la linguistique structurale 1 (1954), in Essais et mémoires de Gustave Guillaume, Québec, Les Presses de l’Université de Laval, 2003.

 

 Le Tallec-Lloret Gabrielle, "D'un système linguistique à l'autre : trahir pour traduire ?", La trahison - La traición, Actes du Colloque d’Almoréal des 19 et 20 mars 2004, Angers, Centre de Recherche Universités Angers - Le Mans - Orléans, 2005, pp. 293-307.

 

PONCE, Néstor, El intérprete, Rosario (Arg.), Beatriz Viterbo Editora, 1998.

 

Ponce, Néstor, « Memoria, ficción, autobiografía.Yo nos recuerdo. », Espejismos autobiográficos, Université de Poitiers, Maryse Renaud (coord.), 2004, pp. 309-312.

 

REAL ACADEMIA ESPANOLA, Esbozo de una nueva gramática de la lengua espaňola, Madrid, Espasa Calpe, 2004.

 

RICŒUR, Paul, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.

 

RICŒUR, Paul, Sur la traduction, Paris, Bayard, 2004.

 

STEINER, George, Après Babel, Paris, Albin Michel, 1998.